Trois femmes, trois générations, quelque part en Amérique du Sud, partageant un destin commun de maternité violée, arrachée, subie.
Trois fortes personnalités dignes, droites et fières, malgré les handicaps de la vie comme la pauvreté, la prostitution ou le simple fait d’être née femme, de père inconnu, renié, caché.
Ce n’est pas un roman sur la misère sociale car ces héroïnes-là sont admirables dans leur simplicité, dans leur naïveté rebelle. Elles sont remarquables dans leur lutte contre l’isolement et l’adversité.
Le cabanon sur la plage et la barcasse de la grand-mère Rose ne révèlent ni honte ni statut défavorisé : il s’agit plutôt de racines solides, de liberté durement acquise grâce à une volonté de fer, une adaptabilité à toute épreuve.
La faiblesse d’esprit de Violette, la mère, et sa vulnérabilité ne lui enlèvent pas une certaine pureté d’âme. Dans la chaîne familiale, c’est la seule vraie victime, l’image d’une enfant perdue, irresponsable, qui n’aura jamais l’occasion de devenir adulte. Un désir d’évasion avorté.
Vera Candida, la fille, est celle par laquelle le récit se construit, celle qui brisera la malédiction et le destin de ces femmes par son refus de la fatalité et son retour aux racines, à la fin de sa vie.
Elevée par sa grand-mère, mère-fille courageuse, elle quitte en cachette son île natale pour le continent. Elle saura se débrouiller seule, élever son enfant, travailler à la dure, sans jamais se plaindre. C’est elle qui brisera la mauvaise image que représentent les hommes pour les femmes de sa famille en tombant amoureuse d’un journaliste qui l’aimera aussi profondément que simplement, jusque dans ses derniers moments.
Un jour, apprenant qu’elle est condamnée par la maladie, Vera Candida quitte à nouveau sa ville, son homme et sa fille pour rejoindre Vatapuna, son enfance, les souvenirs de sa grand-mère et son besoin de justice.
Elle laisse derrière elle une quatrième femme, la dernière de la lignée, sa fille, celle dont le prénom Monica Rose rappelle la grand-mère et boucle la chaîne tout en tissant un nouveau fil.
Malgré la dégénérescence qui la guettait, c’est une belle femme, déterminée, indépendante, aussi ancrée dans la réalité urbaine et moderne que son arrière-grand-mère semblait vivre une sorte de conte insulaire tropical, lointain, moite et brumeux.
Issue de ces trois destins féminins, elle représente la fin de la fatalité, le début d’une nouvelle histoire de femmes.




