
Infrarouge est un livre magnifique sur l’Italie, la Toscane, Florence.
Infrarouge est un livre magnifique sur la création artistique, la photographie en particulier (mais on y retrouve aussi pas mal Michel-Ange). On y croise Diane Arbus, Araki et l’ombre de Sophie Calle.
Infrarouge est un roman terrible de lucidité sur les rapports avec ses parents viellissants.
Infrarouge est un roman bouleversant sur les traces brûlantes de la disparition d’une mère.
Infrarouge est un livre poigant sur l’affaiblissement intellectuel d’un intellectuel.
Infrarouge est un roman palpitant sur le parcours affectif, traumatique, amoureux, sensuel et érotique d’une femme, Rena, artiste photographe.
Infrarouge est un livre passionnant sur ce qu’une femme se donne le droit de ressentir, de penser, de dire sur ses rapports intimes, fantasmés ou autres avec les hommes. Donc sur ce que les femmes ont le droit de dire, comme les hommes, mais aussi sur ce que les hommes souvent ne disent pas.
Infrarouge est donc aussi un livre sur ce que les idées féministes ont changé dans la tête et dans la vie de femmes, ou en tout cas d’une femme, Rena.
Infrarouge est aussi un roman sur le passé de Rena, qui a contribué à la rendre telle qu’elle est (les traces de ses rapports avec un fère aîné, par exemple). Mais aussi sur ce que Rena a choisi de faire pour devenir ce qu’elle est.
Bref, Infrarouge c’est l’histoire de Rena et de sa lucide conscience, Subra, son double intime, son amie invisible. Celle qui sait, mais grâce à qui Rena répète, nous permettant de découvrir. Subra fonctionne comme un policier dans un interrogatoire qui fait répéter à Rena son histoire pour vérifier, recouper, mettre à jour mensonges ou omissions.
Ce roman est une prouesse. Nancy Huston est familière de l’utilisation des voix multiples dans ses romans, mais là il s’agit d’autre chose. Le récit est parfaitement linéaire, continu durant une semaine. Bien sûr s’y intercalent des flash-backs (souvent grâce aux questions de Subra) qui nous permettent de plonger dans la vie et la personnalité de Rena. Mais cela se fait en passant, sans aucune rupture, du narrateur à Subra, puis à Rena parlant à la première personne. En en même temps nous sommes toujours dans la tête de Rena, dans ce qu’elle vit au présent, dans ce qu’elle se remémore, dans les doutes ou les sensations qui l’assaillent. Obtenir ce résultat en tenant un tel dispositif d’écriture durant trois cents pages relève du prodige ou de l’empreinte d’un ange!
En même temps (et c’est pour cela que ça marche), Nancy Huston réussit à faire entrer dans le personnage de Rena toutes les complexités vécues, ressenties, pensées qui sont généralement évoqués dans les débats sur les femmes, le plaisir, les rapports familiaux, la domination, la création… A travers son histoire, et c’est tout.
Car c’est cela qui est important, les histoires. Parlons par exemple de la « crudité » de Rena. D’abord pour être crue il faut parfois l’être! La pornographie c’est empiler des mots, des images des sons évoquant ou décrivant des relations sexuelles sans raconter d’histoire. Dès qu’entre en jeu l’histoire d’un, deux ou plusieurs êtres, alors c’est la vie qui s’installe (si la création est réussie). Et la vie, qu’importe qu’elle soit cuite ou crue, saignante ou à point nommé.
Beaucoup d’autres choses dans ce roman; par exemple une évocation, de loin, des émeutes de banlieues en 2005. On passe en 300 pages par beaucoup d’émotions, de sensations, de réflexions, mais toujours à travers une lecture prenante et passionnée.

Pour préparer cette rencontre, on peut aussi aller lire l’article consacré à Infrarouge sur le blog La Ruelle bleue. Voir aussi l’article de notre ami Jacques Griffault de la librairie Le Scribe à Montauban sur le site Initiales – cliquer ICI. Amusant de constater comment, avec ce livre comme rarement, chacun voit midi à sa porte !




